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Actualités Vie de l'entreprise

Le repreneur Monsieur Harald Schork de Hunsinger Menuiserie partenair Bieber portes et fenêtres à Weislingen en Alsace est comme un trait d'union entre deux cultures.


     Double diplômé à Munich et à Grenoble, Harald Schork a repris en 2008 la menuiserie familiale Hunsinger en Alsace Bossue et propulse l'entreprise dans une autre dimension, la construction à ossature bois. Avec une nouvelle usine en prime. Dixième volet de notre série.Harald Schork est d'origine bavaroise, mais au volant de sa BMW blanche immaculée surfant sur les vagues vertes d'Alsace Bossue, il fait un très honorable homme d'affaires alsacien, vraiment bilingue, en tout cas. Et c'est du reste dans ce coin méconnu du territoire régional, à Weislingen et à Thal-Drulingen, qu'il a choisi de faire souche dans l'univers du bois.

« Un cobaye du programme Erasmus »

      Aux premières heures du 8 juillet, dans la lumière dorée du seuil d'Alsace, Harald m'emmène voir deux chantiers en cours qu'il juge significatif de son projet : donner un coup d'accélérateur à la construction à ossature bois en prenant en charge de gros projets.
 Première étape à Behren dans le bassin minier mosellan. Hunsinger, la société de menuiserie de Weislingen, canton de Drulingen, dont Schork est le PDG, poursuit la construction d'une maison de retraite de 75 lits sur trois niveaux entièrement en bois : poutres assemblées en queue d'aronde (technique de jonction traditionnelle en charpente), panneaux en reconstitué, isolant en fibres de cellulose, fenêtres en essence noble : bois, bois, bois, bois et très peu de métal pour faire tenir le tout. Seule la cage d'ascenseur et la partie restauration sont en béton traditionnel.
 Tous les éléments, comme pour un jeu d'enfant, ont été préfabriqués, sont numérotés et montés progressivement, étage après étage. Lorsque l'ensemble sera achevé, recouvert d'un crépi, l'importance du bois sera moins visible. Mais en cours de construction, c'est spectaculaire. Harald Schork affiche la foi du converti dans ce procédé, plus courant en Allemagne qu'en France, et qu'il pense promis à un bel avenir. 


 La deuxième étape est à Diemeringen pour découvrir l'extension d'une maison de retraite de 25 lits. Un projet complexe, avec un patio, des fûts de colonnes en bois, de grandes baies vitrées. Comme à Behren, la méthode de construction autorise l'agrandissement futur, vertical ou horizontal, du projet.


 Harald Schork préfère parler du présent et de ses projets que de lui-même et de ses états d'âme. C'est normal. A 47 ans, ce grand costaud aux cheveux courts fait autorité sur ses chantiers.


 Né à Munich, il est tombé amoureux en Alsace, événement qui a eu aussi pour mérite de le retenir sur la rive française du Rhin. Mais bien avant cela, il avait obtenu un titre d'ingénieur d'affaires dans sa ville natale et un diplôme d'études supérieures commerciales à Grenoble. « A l'époque, j'étais un cobaye pour le programme Erasmus, le seul à ne pas avoir appris le français à l'école », sourit Harald Schork, qui se souvient avec amusement d'un manuel intitulé « Apprendre le français en 30 heures ».

« J'ai décidé de reprendre une affaire »

     
 Il lui en fallu un peu plus, mais il se débrouille vraiment bien. Un profil biculturel qui lui a ouvert plusieurs belles opportunités de carrière notamment chez Johnson Controls, Roulement Service, Orsay et Weishaupt. Une pente naturelle qui l'orientait vers des postes de cadre supérieur dans de grandes structures. La vie en a décidé autrement.

 « Dans mon dernier poste, je devais mettre en œuvre une importante restructuration. Et puis il y a eu un changement d'orientation et c'est nous qui avons dû partir », se souvient-il.


 L'expérience décide Harald Schork à aborder sa vie professionnelle différemment : « J'ai décidé de reprendre une affaire. J'ai acheté une liste d'entreprises à la chambre de commerce et j'ai posté 200 lettres. Hunsinger est une des premières qui m'a répondu. Je pensais tout reprendre et finalement je me suis associé, comme actionnaire majoritaire à 65%, à Jean-Georges Hunsinger, le vendeur. Et c'est une bonne solution. Nous nous partageons le travail, nous sommes complémentaires et c'est mieux de ne pas être seul. On a inventé notre propre modèle, Jean-Georges et moi, et ça marche très bien », raconte Harald Schork avec une solide simplicité. 


 Basée à Weislingen, Hunsinger est une entreprise de menuiserie traditionnelle familiale qui a été bien développée depuis sa création après la Première Guerre mondiale. Mais elle atteignait ses limites, avec quelque 50 compagnons.


 Le nouvel actionnaire travaille sur deux fronts : poursuivre l'activité en la modernisant d'une part. Et créer un nouveau marché, celui de la construction à ossature bois : « La crise, je la voyais venir en 2008. Je savais qu'il fallait ajouter une activité. Les marges ont baissé mais on a rattrapé par la hausse du chiffre d'affaires », explique Harald Schork. 
 

« Tous les résultats restent dans l'entreprise »

 

      L'ingénieur, qui affirme aimer la technique et la qualité, est très conscient des effets de la crise, avec le risque d'être entraîné vers le bas de gamme du fait de la guerre des prix. Il n'en veut pas.
 Tout en évoquant ses projets, l'homme a l'œil vif sur le chantier, houspillant gentiment un jeune en français, interrogeant en allemand un menuisier, sanglé du ceinturon de sa corporation, venu d'outre-Rhin. Le chantier ne doit pas traîner, Hunsinger en gère dix à douze d'envergure par an pour un chiffre d'affaires de 11,5 millions et une soixantaine de personnes dans les différentes structures du groupe.
 Le repreneur de Hunsinger est comme un trait d'union entre deux cultures, deux langues, deux normes, deux marchés, deux âges de l'entreprise. « Il y a en Alsace un niveau de rigueur qu'on ne connaît pas ailleurs en France », affirme l'homme d'affaires franco-allemand. 


 Qui s'applique à lui-même cette rigueur : « Tous les résultats restent dans l'entreprise pour être réinvestis. Les banquiers se bousculent pour nous financer .» Et pourquoi, au titre d'un coup de chapeau, ne pas dédier à un entrepreneur allemand en France ce papier du 14 juillet ?

Une usine d'ossatures bois à Thal-Drulingen

Le terrain choisi, 2 hectares en première phase, 2,4 ha en option, jouit d'une position idéale sur le giratoire de la sortie Sarre-Union de l'autoroute A 4. Harald Schork prévoit d'investir là 3 à 4 millions d'euros, dont 2,4 millions dans la construction proprement dite et 1 million dans les machines. Le dossier a été suivi de près par l'agence de développement du Bas-Rhin, l'Adira, et approuvé évidemment par la communauté de communes.
 Le premier bâtiment de 4 000 m², qui obéira aux normes environnementales et thermiques les plus exigeantes, devrait sortir de terre en 2011.

Création de 100 emplois à terme

      C'est là que Hunsinger produira les éléments en bois sur mesure dont ses chantiers de construction ont besoin.
 Mais l'usine pourra aussi bien fabriquer pour n'importe quel client en France, les éléments d'ossature bois ayant pour particularité de se transporter très facilement. D'où le choix d'un emplacement le plus proche possible de l'autoroute : « La capacité théorique de cette usine sera de 300 maisons par an mais mon objectif est prioritairement la qualité et je tournerai à 80 ou 100 maisons par an », annonce Harald Schork. Qui consomme déjà 25 000 m² de caissons par an, soit l'équivalent de 60 maisons. Il est prévu la création de 45 emplois, dont 18 existent en réalité déjà dans l'activité actuelle. L'unité pourrait employer 100 personnes à moyen terme. 


 Le développement de ce produit sera un plus pour la filière bois régionale : « Dans la mesure du possible, je préconise le mélèze des Vosges. Mais je me suis déjà fait écarter d'un marché public qui demandait du bois nordique », note l'industriel.


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