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Le Prébat scanne les bonnes pratiques


Le Prébat scanne les bonnes pratiques.
  Tirer profit des expériences validées avant de s’engager dans de gros programmes de recherche. La démarche du Prébat avec l’Ademe et le CSTB a livré son premier rapport.
 La passage dans un avenir proche de la RT 2005 à l’habitat passif suppose le bouleversement des méthodes de conception et de la construction. Mais on s’accorde aussi à dire que les expériences sont déjà nombreuses. L’Allemagne pratique Passiv’Haus depuis plus de 10 ans, la Suisse voit se développer le label Minergie, les Americains disposent de la méthode Leed (Leadership in Energy and Environmental Design) depuis les années quatre-vingt-dix… Comment exploiter ces savoir-faire et les transposer en méthode et l’organisation en France ?
  Comparaison internationale.
  A ce titre, la remise récente du rapport du Prébat (programme de recherche et d’expérimentation sur l’énergie dans le bâtiment) « comparaison internationale bâtiment et énergie »  fournit un ballon d’oxygène à tous les ingénieurs. Il décortique les démarches les plus pratiquées à travers le monde. Il rassemble les contributions de 55 ingénieurs, sociologues et économistes de 12 pays : Allemagne, Pays –Bas, Finlande, Grande-Bretagne, USA, Canada, Japon, Suisse…
Les enjeux sont importants. Le Prébat les présente en introduction en citant deux chiffres : de 1973 à 2003, la performance thermique des bâtiments a progressé de 34% ; d’ici 2020, le bâtiment doit être le principal contributeur national aux économie d’énergie avec une baisse pour le secteur de 38%. Bref, faire en dix ans ce qui l’a été en 30 !
Avec quel outil construire un tel projet ? Sur la scène « bâtiment et énergie », la France tient un rôle modeste : prise de conscience tardive, peu d’opération innovantes terminées, des outils opérationnels labels, guides techniques, sites Internet, formations peu nombreux.
 Q’apporte cette analyse mondiale des projets déjà conduits ? Dans le gisement dépouillé, les chercheurs ont privilégié trois angles : la baisse des besoins de chauffage, le développement des énergies renouvelables thermiques et photovoltaïques-, et l’efficacité de l’utilisation des énergies fossiles.
  Trois modèles
  Auteur de la synthèse générale, Jean Carassus (CSTB) distingue trois modèles de maîtrise de l’énergie :
 -       le model « basse consommation d’énergie » : plutôt adapté aux pays froids, il s’agit de baisser fortement les consommations d’énergie en sur-isolant, en usant d’une ventilation maîtrisée, en exploitant les gains solaires passifs et en utilisant les énergies renouvelables. Se classent sous cette bannière, le label Passiv’Haus allemand, le Minergie Suisse, mais aussi l’expérimental « Building America » et son label Energystar et l’Effinergie français.
-       « économe et production d énergie » : correspondant aux besoins des pays chauds ou l’économie de chauffage n’est pas prioritaire, il associe à la forte baisse de consommation une production décentralisée d’énergie, le plus souvent photovoltaïque. Exemple : le Zero Energy Homes américain ou sa variante japonaise du même nom. Avec la baisse du photovoltaïque ce modèle serait intéressant en climat méditerranéen
-       « énergie et environnement » : ici le souci énergétique est lié à d’autres cibles environnementales : site, eau, matériaux, confort… On reconnaît là le LEED américain à quatre niveaux, mais aussi la démarche HQE française.
 

Faire des chois


  Fort de ce « benchmark »  quelles sont les conclusions qui peuvent être tirées ? Si la décision politique pour franchir le pas est indispensable, la synthèse pose une préférence pour le système Effinergie, demande au modèle « énergie et environnement » de type HQE d’évoluer et écarter le modèle  « économie et production d’énergie ». La conclusion pose un concept global nouveau : « l’efficacité énergétique passe également par une vision d’ensemble du processus de construction et de rénovation : conception, réalisation, maintenance et exploitation. »
 La question du surcoût est quant à elle récusée par un argument massue : « En Suisse, si le surinvestissement est supérieur à 10%, le label Minergie n’est pas accordé ! ». Enfin, l’auteur souligne que le rythme soutenu des règlementations thermiques- tous les cinq ans en Europe, tous les trois en Californie, rend la R&D indispensable.

 

Vous vous intéressez aux programmes d’opérations performantes étudiés: programmes allemands « Passivhaus », « Maisons 3 litres », « EnSan », « Maisons basse énergie dans l’existant », label suisse « Minergie® », programmes américains « Building America », « Zero Energy Homes », label « Leadership in Energy and Environmental Design (LEED™) », programme japonais maisons photovoltaïques à basse consommation, ordonnance solaire thermique espagnole, éco quartier rénové de Vesterbro à Copenhague :
 Des chiffres clés sont rappelés. En 2005 le bâtiment émet en France 23 % du CO2. Il représente 45% de la consommation d’énergie primaire, l’industrie et l’agriculture 29 %, les transports 26 %. L’énergie finale consommée se répartit ainsi : environ 56 % dans les logements possédés par des particuliers (maisons individuelles et appartements en copropriété), 10 % dans des logements propriétés d’institutionnels (organismes d’HLM, sociétés d’économie mixte, sociétés privées), 17 % dans du tertiaire privé, 17 % dans du tertiaire public.
 Le projet Comparaison internationale a procédé à l’analyse des programmes allemands « Passivhaus », « Maisons 3 litres », « EnSan » et « Maisons basse énergie dans l’existant », du programme « Minergie® » suisse, des programmes américains « Building America », « Zero Energy Homes »,
 « Leadership in Energy and Environmental Design (LEED™) », du programme japonais maisons photovoltaïques à basse consommation, du programme solaire thermique espagnol et de l’éco quartier rénové de Vesterbro à Copenhague.
 Minergie® et Passivhaus sont transposables en France, avec des précautions à prendre notamment relatives à la qualité de la mise en oeuvre garantissant une forte étanchéité à l’air. L’association Effinergie propose une transposition de Minergie® adapté au contexte français. L’expérience de LEED™ pourrait être utilisée pour faire évoluer la certification française HQE Bâtiments tertiaires vers un label accordant plus d’importance à l’énergie et adapté à la rénovation de bureaux existants. L’expérience espagnole donne l’exemple d’une large utilisation du solaire thermique pour l’eau chaude. La rénovation du quartier de Vesterbro montre la possibilité d’éco quartiers non seulement pour le neuf mais aussi pour la rénovation de l’existant. L’expérience des maisons américaines et japonaises basse consommation est plus difficilement transposable vu les différences des modes constructifs, mais l’utilisation forte du photovoltaïque ouvre la perspective de bâtiments à énergie positive.
 Les programmes de recherche et développement analysés sont le programme autrichien « Haus der Zukunft », les programmes hollandais « Compass » et « Energy Onderzoek Subsidie » (EOS) et les programmes finlandais traitant de l’efficacité énergétique des bâtiments.
 Le programme autrichien est intéressant par son réalisme et l’articulation entre recherche technique et recherche socio-économique. L’intérêt des programmes hollandais réside dans la concertation avec les acteurs économiques et leur centrage sur l’approche « système » du bâtiment. Les programmes finlandais ne sont pas spécialisés dans le bâtiment mais inter secteurs. Ils mettent en avant, à juste titre, la qualité de vie de la population et la compétitivité internationale de l’industrie.
 Les expériences étrangères étudiées permettent, en simplifiant, de mettre en avant trois modèles de la maîtrise de l’énergie dans le bâtiment dans le monde :
 a) Dans la conception « basse consommation d’énergie », l’objectif est avant tout de baisser de manière importante la consommation d’énergie dans le bâtiment sur isolé. La variante allemande très basse consommation, de type « Passivhaus », va jusqu’à supprimer le chauffage conventionnel. La variante suisse basse consommation, de type « Minergie® », est moins exigeante, mais se diffuse plus rapidement. La variante américaine du programme « Building America » se traduit par des économies moins fortes qu’en Allemagne et en Suisse mais atteint de 30 à 45 % des productions courantes américaines.
b) Dans la conception «économie et production d’énergie », un objectif prioritaire n’est pas la forte baisse de la consommation mais la production d’électricité par système photovoltaïque. La variante américaine, qui mixte isolation renforcée et photovoltaïque, est liée à un contexte marqué par un souci d’atténuation des pics de consommation d’électricité issue de réseaux surchargés. La variante japonaise met en avant l’utilisation de panneaux photovoltaïques intégrés dans l’enveloppe de la maison préfabriquée. La variante espagnole met l’accent sur le rôle du solaire dans un climat méditerranéen. L’utilisation de l’énergie solaire, en particulier photovoltaïque, ouvre la voie aux bâtiments à énergie positive.
c) Dans la conception « énergie et environnement », l’énergie est un objectif fort mais articulé à d’autres cibles environnementales (intégration au site, eau, matériaux, confort..) jugées importantes par l’acquéreur du bâtiment. Un exemple de cette conception est celle du label américain LEED™ pour les immeubles de bureaux. Les investisseurs souhaitent dans ce cas mettre en avant un cadre de travail sain et confortable plus qu’un souci d’économie d’énergie.
 La situation est donc claire :
 - le bâtiment représente près du quart des émissions de CO2 et près de la moitié de la consommation d’énergie primaire ;
 - ces trente dernières années, malgré la baisse de plus d’un tiers de la consommation par m², la consommation a augmenté d’un quart en volume ;
 - l’énergie fossile représente une part essentielle de cette consommation ;
 -        le parc existant représente l’enjeu essentiel avec notamment l’habitat existant, propriété des particuliers, qui représente plus de la moitié de la consommation d’énergie du bâtiment, tertiaire inclus.
 Or la France s’inscrit dans les perspectives définies par l’Union Européenne qui a décidé de :
                   diminuer de 20 % d’ici 2020 ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 19907, baisser de 20 % sa consommation d’énergie entre ces deux dates, passer à une proportion de 20 % d’énergies renouvelables dans sa consommation en 20208.
                  Le bâtiment, avec les transports, sont les deux secteurs prioritaires pour atteindre ces objectifs ; le potentiel d’économie est plus fort dans le bâtiment que dans les transports.
La prise de conscience de l’ampleur du problème à résoudre est en France très récente. La préoccupation de qualité environnementale des bâtiments a plus d’une dizaine d’années, notamment grâce à l’action menée par l’association Haute Qualité Environnementale HQE®, mais le débat sur le défi en matière de gaz à effet de serre et d’énergie est beaucoup plus récent.
Cette prise de conscience se traduit depuis 2005 environ par un grand foisonnement d’initiatives. Des acteurs d’origines variées, particuliers, municipalités, promoteurs privés, organismes d’habitat social ont lancé la réalisation de maisons individuelles, d’immeubles collectifs d’habitation, de locaux d’enseignement, de bureaux…, le plus souvent en construction neuve et parfois en rénovation, dont la consommation d’énergie sera nettement plus faible que la moyenne, et dont la part des énergies renouvelables sera plus élevée. Mais les initiatives sont en cours et il existe à ce jour peu d’opérations terminées à visiter et à évaluer.
Des incitations publiques en faveur de la maîtrise de l’énergie et du développement des énergies renouvelables dans le bâtiment ont été mises en oeuvre : crédits d’impôt de l’Etat, subventions de l’ADEME et des collectivités territoriales, opérations programmées de l’Agence Nationale de l’Habitat, prêts de la Caisse des Dépôts et Consignations et des fournisseurs d’énergie…
 Le secteur privé a pris également des initiatives : création de la fondation privée de recherche « Bâtiment et énergie », à l’initiative de Mittal Arcelor, Lafarge, EDF, GDF, projet international « Energy Efficient Buildings » co-piloté par Lafarge et United Technologies dans le cadre du « World Business Council for Sustainable Development », prêts bancaires spécifiques proposés par des établissements financiers, contrats de performance
énergétique proposés par certains industriels, projet de recherche développement sur la maîtrise de l’énergie dans le bâtiment piloté par Schneider Electric et financé par l’Agence pour l’Innovation Industrielle…
 Plusieurs régions ont lancé des appels à projet, d’abord à leur seule initiative, puis soutenus par l’ADEME et le PREBAT. L’association Effinergie a été créée en mars 2006, à l’initiative des conseils régionaux de Franche-Comté, Alsace et Languedoc-Roussillon en partenariat avec des associations régionales, le collectif d’industriels « Isolons la Terre », la Caisse des Dépôts, le groupe Banque Populaire et le CSTB. Elle propose un label basse consommation dans le neuf et bientôt dans l’existant. L’association regroupe aujourd’hui la grande majorité des conseils régionaux. Des conseils généraux et des municipalités ont également pris des initiatives.
Plusieurs pôles de compétitivité, Capénergies en Provence Alpes Côte d’Azur, Derbi en Languedoc Roussillon, Enerdis en Rhône-Alpes, Ville et Mobilité Durables en Ile-de-France, se sont emparés du sujet.
   TROIS MODELES DE LA MAITRISE DE L’ENERGIE DANS LE MONDE
 En simplifiant, on peut penser qu’il existe dans le monde trois principaux modèles de maîtrise de l’énergie dans le bâtiment. Nous les dénommerons « Basse consommation d’énergie », « Economie et production d’énergie », « Energie et environnement ».
Dans le modèle « basse consommation d’énergie », l’objectif est avant tout de baisser fortement la consommation d’énergie dans le bâtiment. Ce modèle correspond à un besoin de basse consommation dans des conditions climatiques rigoureuses. Les moyens employés sont une enveloppe très isolée, une ventilation maîtrisée, des gains solaires passifs, une certaine utilisation des énergies renouvelables et l’emploi d’appareils électroménagers économes.
 Trois variantes du modèle peuvent être distinguées. La variante allemande, de type « Passivhaus », vise à aller jusqu’à supprimer le système usuel de chauffage. L’économie réalisée est de l’ordre de 75 % par rapport à un bâtiment neuf ordinaire. La variante suisse, de type « Minergie® » est moins exigeante que la solution « Passivhaus ». Le principe est le même, mais la baisse de la consommation est moins forte. L’économie réalisée est de l’ordre de 50 % par rapport à un bâtiment neuf courant.
 Les techniques utilisées associent une surisolation et une étanchéité à l’air de l’enveloppe, des fenêtres très performantes, des systèmes de ventilation avec récupération de chaleur (au moins en climat froid), et l’utilisation de générateurs de chaleur performants (pompes à chaleur, chaudières à condensation) ou utilisant des énergies renouvelables.
La variante américaine est celle du programme expérimental « Building America », qui concerne surtout des maisons individuelles neuves à ossature bois et se traduit par des économies d’énergie de l’ordre de 30 % à 45 %, pouvant être sanctionnées par le label « Energystar ». Dans ce cas, les techniques utilisées sont des ossatures à épaisseur augmentée, avec une membrane d’étanchéité en extérieur, des combles bien isolés, des fenêtres double vitrage peu émissif, une ventilation mécanique, une chaudière à haute efficacité et des réseaux courts, des lampes fluo compactes.
Ce premier modèle est le plus efficace en matière d’économie d’énergie. L’adaptation française de la variante suisse est le choix de l’association Effinergie®, qui promeut depuis mai 2007 un label basse consommation comparable à « Minergie® ».
Dans le modèle « économie et production d’énergie », l’objectif prioritaire n’est pas la forte baisse de la consommation, mais une certaine économie articulée à une production d’énergie le plus souvent d’origine solaire, notamment par système photovoltaïque. Ce modèle correspond souvent à des régions ou pays chauds dans lesquels l’économie de chauffage n’est pas la priorité. Dans certains cas, il s’agit aussi d’éviter des pics de consommation d’électricité de réseaux surchargés.
 Trois variantes du modèle peuvent être distinguées. La variante américaine est celle des « Zero Energy Homes » dans lesquelles la production locale d’énergie de maisons individuelles isolées est assurée par l’électricité photovoltaïque.
  La variante japonaise, appliquée en particulier aux maisons individuelles neuves préfabriquées, accorde une moindre importance à l’isolation et privilégie l’utilisation de systèmes photovoltaïques. Il s’agit le plus souvent de maisons industrialisées de qualité nettement supérieure à la production courante, la durée de vie de cette dernière étant seulement de l’ordre de 20 à 30 ans.
A la différence des variantes américaine et japonaise centrées sur des professions (les constructeurs de maisons individuelles et leurs partenaires) et sur la perspective de diminution des pics de consommation électrique, la variante espagnole concerne un territoire et impose à toute construction neuve et réhabilitation d’une certaine importance l’utilisation de l’énergie solaire pour la production d’eau chaude. Initiée à Barcelone, l’expérience est en cours d’extension à toute l’Espagne.
Ce modèle est centré sur les usages spécifiques de l’électricité assurée par le photovoltaïque et sur la production solaire d’eau chaude sanitaire. Il ne se préoccupe pas ou peu des consommations de chauffage qui ne constituent pas le problème essentiel dans des climats chauds.
 La cohérence de ce modèle, dans la perspective de la basse consommation, dépend de la qualité de l’isolation des bâtiments. Un renforcement insuffisant de l’isolation peut être une faiblesse du modèle. Sa force est la production locale d’énergie d’origine solaire. Cette production ouvre la perspective de bâtiments à zéro énergie, voire à énergie positive. Le succès du modèle passe par la baisse, probable à terme, du coût d’investissement du solaire photovoltaïque. L’utilisation importante du solaire du modèle est intéressante pour un climat de type méditerranéen.
Dans le modèle « énergie et environnement », l’énergie est un objectif articulé à d’autres cibles environnementales (intégration au site, eau, matériaux, confort..) jugées importantes par les acquéreurs de bâtiments, en particulier d’immeubles de bureaux, qui souhaitent mettre en avant plus un cadre de travail sain et confortable qu’un souci d’économie d’énergie.
 La variante américaine est celle du label « Leadership in Energy and Environmental Design » (LEED™), qui a quatre niveaux de qualité : standard, argent, or, platine. L’économie d’énergie réalisée est de l’ordre de 30 % à 35 % par rapport à un immeuble usuel de bureaux11. Le label « LEED™ » a sur le plan énergétique des exigences nettement moins fortes que les labels « Passivhaus » et « Minergie® ». Dans une perspective de basse consommation, le succès de ce modèle passe par un renforcement de ses exigences énergétiques.
Dans les trois cas, il s’agit de modèles dominants, qui peuvent connaître des variantes importantes, en particulier selon le climat. Ils peuvent aussi s’hybrider entre eux. Rien n’empêche par exemple que des applications des modèles « Basse consommation d’énergie » et « Energie et environnement » développent une production locale d’énergie, notamment d’origine solaire, qui constitue une caractéristique du modèle « Economie et production d’énergie ».
La variante britannique, non étudiée dans le présent benchmark, la « Building Research Establishment Environmental Assessment Method » (BREEAM), est la plus ancienne. La variante française est celle de la certification « NF Bâtiments tertiaires démarche HQE® », mais dans ce cas, la cible énergétique n’est pas privilégiée: l’économie réalisée est de 10 à 20 %.  
  A moyen terme, les différents modèles devront combiner la consommation mesurée avec l’analyse du cycle de vie des matériaux et du bâtiment (« Life Cycle Assessment ») et le coût global intégrant la démolition et les externalités (« Life Cycle Cost »).
Par ailleurs il conviendra ultérieurement d’aborder l’impact du changement climatique sur la consommation d’énergie.
 Une question centrale est la rapidité de diffusion de ces modèles sur le marché. Il est possible d’analyser le processus de diffusion de bâtiments basse consommation innovants sur la base de quatre étapes successives. La première est le temps de l’expérimentation sur quelques dizaines, voire quelques centaines d’opérations. La seconde étape consiste à définir un concept de bâtiment basse consommation, qui prend souvent la forme d’un label.
La troisième étape est la diffusion du concept, à plusieurs milliers d’exemplaires, qui permet un apprentissage progressif de la chaîne d’acteurs. La quatrième étape est la situation où l’innovation a un impact significatif sur le marché. L’innovation devient alors radicale au sens où l’entend le manuel d’Oslo, le texte de référence sur l’innovation de l’OCDE et de la Commission européenne.
 L’innovation « radicale ou impliquant une rupture » y est définie comme « une innovation ayant un impact significatif sur un marché et sur l’activité économique des firmes sur ce marché. Cette définition privilégie l’impact des innovations par rapport à leur nouveauté. L’impact peut, par exemple, modifier la structure du marché, créer de nouveaux marchés ou rendre des produits existants obsolètes »
seul le label suisse « Minergie® » a aujourd’hui un impact significatif sur le marché de la construction neuve du pays. En Allemagne, les bâtiments « Passivhaus » représentent pour l’instant moins de 1 % du marché de la construction neuve. En Autriche, le label « Passivhaus » est sur le point d’avoir un impact sur le marché neuf puisqu’il représente 4 % du marché en 2006. Aux Etats-Unis, les bâtiments labellisés « LEED™ » sont encore marginaux.
 Pour la rénovation énergétique du parc existant, la situation est encore moins avancée. Les difficultés de diffusion de l’innovation sont beaucoup plus importantes que pour la construction neuve, tant dans le champ technique que socio-économique. En Suisse, plus de 800 bâtiments existants sont labellisés « Minergie® », ce qui constitue un résultat intéressant, mais qui correspond à une certification dix fois moindre dans l’existant que dans le neuf.
Il y a de nombreuses raisons à la relative lenteur de la diffusion de ce type de label. Une des raisons principales est que l’ensemble coordonné d’innovations nécessaire n’est pas anodin. Il constitue en fait un nouveau paradigme pour les acteurs de la construction.
Il ne s’agit pas de garder les mêmes pratiques professionnelles en y ajoutant une préoccupation énergétique et environnementale. Le contenu des innovations exige en réalité une nouvelle façon non seulement de concevoir, mais aussi de financer, de construire, de rénover, de gérer et d’utiliser les bâtiments. Nous reviendrons sur cette importante question.
En tenant compte de ce résumé en termes de modèles dominants et de leur diffusion, des propositions faites dans les synthèses partielles, des analyses des chapitres centrés sur une expérience ou une technologie, nous parvenons maintenant à la finalité de cette comparaison internationale : quels sont les principaux enseignements pour la France ?
  Les labels constituent un moyen efficace
 L’expérience de « Passivhaus », de « Minergie® » ou de « LEED™ », pour se limiter à trois exemples, montre l’efficacité des labels dans la définition des concepts de bâtiments efficaces énergétiquement et leur diffusion.
N’oublions pas trois caractéristiques essentielles du secteur du bâtiment : il n’y a pas d’acteur dominant, la production est très diversifiée (maisons individuelles, bâtiments collectifs d’habitation, bureaux, commerces, équipements publics…) et les acteurs sont locaux. Nous sommes à l’exact opposé du secteur automobile caractérisé par un petit nombre d’acteurs dominants, agissant sur des marchés mondiaux et ayant une production relativement homogène.
Les labels permettent de mettre d’accord tous les acteurs du bâtiment actif, dans un grand nombre de marchés locaux, sur un concept de bâtiment adaptable à de nombreux types d’immeubles. Les expériences suisse, allemande et américaine montrent que ces labels ne sont efficaces que s’ils s’inscrivent dans une dynamique comprenant des groupements de professionnels, des guides techniques, des foires commerciales, des sites internet, des évènements annuels, des cycles de formation, des dispositifs d’incitation (fiscaux, financiers, urbains…).
En anticipant des futures réglementations, ces labels permettent d’expérimenter matériaux, équipements, nouvelles pratiques professionnelles avant leur généralisation.
Les labels doivent porter sur la réalisation de bâtiments, mais aussi leur gestion. Il est utile qu’ils concernent aussi, comme en Suisse et en Allemagne, les composants et équipements.
 Energie, environnement, développement durable constituent une opportunité extraordinaire d’innovation pour le monde de la construction.
Dans les années cinquante et soixante, la construction a connu une période à très grands défis : la reconstruction après la seconde guerre mondiale et le transfert massif d’une population rurale vers les villes.
Un demi-siècle après, sur les questions de l’énergie, de l’environnement et du développement durable, la construction est à nouveau devant un défi considérable. Le changement est lancé à l’échelle internationale et depuis peu en France.
Les acteurs de la construction et de la gestion des bâtiments ont une extraordinaire opportunité à saisir pour changer leurs compétences, leurs pratiques, leurs formations, leurs niveaux de rémunération et leur image.
Conclusions
Les programmes d’opérations basses consommation menées en Allemagne, Suisse, Etats-Unis, Japon, Danemark, et Espagne permettent de brosser un paysage certes incomplet mais fortement diversifié.
Une série d’enseignements peut en être tirée pour le management de tels programmes en France :
                  Identifier des acteurs clés sur lesquels s’appuyer et correspondant aux différents types de bâtiments, aider à leur émergence quand ils sont peu organisés.
                  Faire reconnaître les bâtiments basse consommation par un système de labellisation, simple, facile à comprendre, sur lequel pourront s’appuyer à la fois les opérations de marketing, les textes administratifs, les systèmes de financement…
                  Mettre en place des dispositifs pour la rénovation énergétique de l’existant en les associant aux autres dispositifs existants pour la modernisation de l’existant.
                  Faire le marketing des bâtiments basse consommation en insistant sur les avantages induits, confort, modernité …
                  Associer des actions locales et régionales à des dispositifs facilitateurs nationaux
  LES PAROIS TRANSPARENTES : FENETRES ET BAIES VITREES
  Rappel sur la technologie
 Pour les parois transparentes à haute performante thermique, la technique la plus emblématique est la fenêtre triple vitrage (figure 8) avec différents types de cadre, bois, mixte à rupture de pont thermique …. Elle est surtout adaptée au pays à dominante "besoin de chauffage" (Tableau 2) Allemagne, Autriche, Suisse et les pays scandinaves. Une quarantaine de fenêtres sont labellisées par l''Institut de la Maison Passive à Darmstadt (www.passiv.de ).
En Suisse, il existe aussi des modules certifiés MINERGIE® (www.minergie.ch ) pour fenêtres. Les modules sont en général définis et appliqués en collaboration avec les associations professionnelles. L’utilisation de modules MINERGIE® facilite l’obtention du label MINERGIE® pour un bâtiment, elle n’est toutefois pas obligatoire.
 L'analyse du Triple Vitrage

Forces

Faiblesses
Mise en oeuvre peu différente du double vitrage
Adaptabilité du produit : taille, couleur, forme
Bon retour des utilisateurs (sentiment de confort, température de paroi plus élevée)
Intérêt croissant pour les bâtiments à très faible consommation d’énergie
Retours d’expériences étrangères (Allemagne, Autriche, Finlande…)
Prix élevé
Poids et épaisseur élevés
Nécessité d’une mise en oeuvre de qualité (interface parois opaques - parois transparentes notamment)
Concerne les régions avec un climat rigoureux
Pas de soutien réglementaire à ce jour
Retour sur investissement long
Opportunités
Menaces
Action possible du lobby verrier
Innovation sur produits associés, notamment les cadres (avec système de ventilation…)
Forte concurrence du double vitrage à isolation renforcée (basse émissivité + gaz rare) surtout dans le sud de l'Europe.
Culture insuffisante d’une mise en oeuvre de qualité.
Risque de développement lent du marché des bâtiments à très basse consommation
   GLOSSAIRE
 DOE : Departement of Energy
MI : Maison Individuelle
IC : Immeuble Collectif
BBC : Bâtiments Basse Consommation
BEPOS : Bâtiment à Energie Positive
EnR : Energie Renouvelable
EnF : Energie Fossile
CVC : Chauffage-Ventilation-Conditionnement d'air
ECS : Eau Chaude Sanitaire
ECL : Eclairage Artificiel
CESI : Chauffe Eau Solaire Individuel
COP : coefficient de performances. C’est le rapport entre l’énergie utile (la chaleur délivrée par la PAC) et l’énergie fournie (l’énergie pour entraîner le compresseur)
COP = Energie Utile / Energie Fournie
Le COP global de la PAC tient compte des auxilliaires et intègre les consommations d’énergie pour le dégivrage.
EER : (Energy Efficiency Ratio) coefficient d’efficacité frigorifique. Il représente la performance énergétique de la pompe à chaleur fonctionnant en mode rafraîchissement.
EER = Energie Utile (chaleur absorbée à l'évaporateur) / Energie Fournie (au compresseur)

FS : Facteur Solaire g
PV : PhotoVoltaïque
PAC : Pompe A Chaleur
PAC : Pile A Combustible
PCS : Pouvoir Calorifique Supérieur
ZEH : Zero Energy Home – Zero Energy House
ZEB : Zero Energy Building
MCHP :Micro Combined Heat Power – Micro-Co-Génération
RC : Réseaux de Chaleur
MRC : Micro Réseaux de Chaleur
CEE : Certificat Economie Energie

 


  


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